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Meet Youssef Oudahman, l'entrepreneur qui révèle les talents culinaires de vos mamans


Il est 11 heures pétantes un dimanche matin de la fin du mois de janvier. Youssef Oudahman s’active entre sa voiture de location et Cozette, un joli café de l’avenue de Saint-Ouen dans le 18ème. Les grilles sont encore baissées, mais il y a déjà une petite foule à l’intérieur. Une quinzaine de personnes sont lovées dans les canapés, fauteuils et pouf en attendant la trentaine de convives venus goûter aux spécialités camerounaises de Mama Alice, la cuisinière en chef du jour.


Youssef, l'un des trois co-fondateurs de Meet My Mama, termine l’installation du buffet tandis que Mama Alice patiente, assise sur une chaise, droite comme un « i ». Levée depuis une heure du matin (!), la Mama du jour a cuisiné du poulet DG (oui, pour « directeur général »), des beignets de maïs, bananes plantains, du jazz (haricots rouges avec des oignons) ou encore des samoussas aux bœuf. Autant vous dire qu’à peine entrés sur les lieux, une délicieuse odeur d’épices chatouille nos narines.


Une "brigade" de Mama's


Lorsque le top départ du brunch est enfin lancé, les assiettes puis les ventres se remplissent des jolis mets de Mama Alice « cuisinée avec amour », comme elle le répète plusieurs fois. On se lève une ou deux fois pour venir gratter quelques fonds de plats. Le gâchis pour les clients de Meet My Mama ? Connait pas.


Pendant le repas, la cuisinière fait le tour des tables et recueille les avis des gourmands. Leurs préférences, leurs critiques... Ces retours sont importants pour cette femme dont la cuisine n’est pas le métier.


Parce que Meet My Mama ne va pas chercher ses cuisinières dans les écoles. Le terrain de chasse de Youssef ? Les foyers, les ONG... En bref : des femmes qui exercent leurs talents à une poignée de privilégiés (leurs proches, leurs amis, leurs familles). Sans en vivre.

Mama Alice, entourée des trois co-fondateurs de Meet My Mama

Face à ce gâchis, Youssef a imaginé une réponse simple : hacker les cuisines des restaurants et faire sortir les Mama's de leurs foyers. L'objectif : faire découvrir de nouvelles saveurs venant du monde entier à des curieux, créer des liens et aider ces femmes à dire adieu à la précarité.


Alice, par exemple, « a déjà rêvé de lancer son affaire mais s’est auto-censurée », raconte Youssef, la veille du brunch, confortablement installé dans un canapé du café Cozette, un verre de jus de fruits frais posé devant lui. Un exemple que l'on retrouve parmi « la brigade de la trentaine de femmes » qui composent aujourd'hui l'équipe de Meet My Mama, « pour une vingtaine de cuisines du monde », précise Youssef.


Ce dernier porte le projet Meet My Mama à plein-temps, tout en étant épaulé par Donia et Loubna - les deux autres co-fondatrices du projet - et Alexis, dernière recrue.


Raconter le monde


« Sur les 15 derniers jours, je pense que j’ai mangé 7 cuisines du monde différentes », confie Youssef, tout sourire. Syrien, malaisien, marocain, ivoirien, camerounais… Le jeune homme de 29 ans suit avec attention le travail des Mama's et en profite pour apprendre de leurs savoir-faire. « À la base, je suis nul en cuisine mais j’ai beaucoup appris. Je suis un spécialiste pour couper les légumes, je suis une vraie machine. Je refais les recettes chez moi, je commence à faire des petits plats indiens, sri-lankais, malaysiens… Et cette année, je voudrai tester le jus de bissap, c’est un défi ! », confie-t-il, amusé.


« Un jour, une Mama m'a demandé d'aller lui acheter de la noix de coco râpée pour faire des crêpes », nous raconte ensuite le jeune entrepreneur. Il se rend alors dans une petite épicerie et ramène la commande... dans un sachet en plastique. « La Mama m'a dit que ça n'allait pas du tout et que je devais y retourner, demander au mec de l'épicerie qu'il râpe, devant moi, une noix de coco fraîche. » Parce que c'est ça aussi Meet My Mama : des produits frais, souvent exotiques, qu'il faut savoir où aller chercher pour maximiser la qualité.


Du coup, Youssef fait le tour des épiceries de Paris. « Je suis super pote avec la communauté sri-lankaise », ajoute ce passionné des rencontres et, surtout, des histoires des gens qui ont du talent. « La cuisine, c’est un putain de connecteurs qui rassemble », assure l'entrepreneur avant de compléter : qu'il a la "volonté de raconter le monde à travers la cuisine et ces femmes qui la font".


Le gâchis de talents


Retour en arrière. Imaginez une ZUP (Zone Urbaine Prioritaire) en Auvergne (oui ça existe). C'est là-bas qu'a grandi Youssef. "C’était ouf, parce qu'il y a un tel brassage de tout. T’as des cultures, des religions à droite et à gauche. Aussi énormément de difficultés. Il y avait beaucoup de talents, notamment dans le sport et l’art (mais pas que), chez les jeunes comme chez les plus âgés. Cela m’a toujours profondément marqué parce qu’ils ne vivaient pas de leur talent”, raconte Youssef, le regard plongé dans ses souvenirs.


Comme la famille n'a pas beaucoup d'argent, lorsque Youssef rentre au Maroc, d'où il est originaire, c'est pour vendre au souk les couteaux abîmés que son père, qui travaille dans la coutellerie, récupère pendant le reste de l'année.


« Là-bas, c’était pareil : je rencontrais des gens qui avaient plein de talents. Un été vers 15-16 ans, j’ai travaillé dans une usine de poireaux en Espagne », rigole t-il ensuite. « Je me suis fait virer au bout de 10 jours, mais c’est là aussi que j’ai rencontré pour la première fois des réfugiés, notamment d’Amérique latine. Ils avaient tous des passions et des histoires », se souvient Youssef.


À son retour en France, l'adolescent n’a plus qu’un souhait : devenir reporter de guerre. « Je voulais être connecté un monde tel qu’il est et pas comme les gens ont envie de nous le montrer », explique-t-il aujourd'hui.


De Jakarta à Ticket for Change


Pas très bon élève jusqu'alors, Youssef se met à bosser. Bac L, un an de fac d'histoire puis bon, ce cursus, c'est vrai que c'est intéressant mais ça ne mène pas vraiment quelque part. Alors le jeune homme s'inscrit en école de commerce post-bac puis intègre SKEMA, à Lille. « J’ai rencontré plein de gens d’horizons différents, et tous voulaient goûter à la cuisine de ma maman. » Youssef construit ensuite son parcours professionnel en travaillant pour des ONG, notamment à Jakarta et à Kuala Lampur pour une entreprise sociale qui fait travailler des réfugiés et recycle les déchets pour en faire, par exemple, des sacs à main.


Si Youssef choisit l’Asie du Sud-Est, ce n’est pas pour rien. « Je voulais voir l'entrepreneuriat au féminin. Parce que là-bas, comme en Afrique, les femmes entreprennent beaucoup et de leurs talents ». Youssef observe particulièrement la street food et échange avec des Mama's. Vous l'aurez compris, la petite graine de Meet My Mama était plantée.


Il y a un an et demi, Youssef quitte son job dans une startup. Une expérience vraiment positive qui lui permet de « toucher à l’entrepreneuriat sans créer une entreprise ». Le projet Meet My Mama commence à voir le jour, en Auvergne, en avril 2016. Puis Youssef tente l'aventure Ticket for Change. À sa grande surprise, son projet plaît et il est pris pour embarquer dans un Tour de France de 10 jours (aux côtés d'Anne-Sophie et de Camille) et une folle aventure de six mois de programme pendant laquelle le jeune entrepreneur taffe « comme un fou et rencontre ses bénéficiaires ».


À la conquête de Paris


Lancer le projet à Paris ne relève pas du hasard. C’était important « pour la symbolique » et « pour l’empowerment au féminin », révèle Youssef. Parce que la ville lumière a une caisse de résonance nationale et internationale. « J'avais la crainte de Paris, il y a beaucoup d’opportunités mais tu peux aussi être étouffé ».


C'est en arrivant dans la capitale française pour son premier brunch que Youssef rencontre Loubna et Donia. « Elles avaient la même démarche que moi, mais sous le prisme des cours de cuisine. On a discuté pendant deux heures tellement on avait la même vision des choses, le même ancrage. » L'aventure se fera ensuite à trois. Alexis, lui aussi issu de Ticket for Change et de l'hôtellerie, complète le trio depuis le début de l'année.


Finalement, Meet My Mama connaît un joli succès depuis son lancement, en octobre dernier. En plus des brunchs, toute l'équipe joue les traiteurs en entreprises, anime des événements et souhaite mettre en place des cours (animés par les Mama's) et un comptoir mobile de cuisines du monde pour aller à la rencontre des jeunes entrepreneurs dans les espaces de co-working à Paris.

« Manger, on peut le faire partout et on multiplie les points de diffusion pour que les femmes puissent s’adapter à leur rythme de vie pour conserver leur vie de famille », explique le co-fondateur du projet.


Parce qu'en plus de faire sortir ces femmes de leurs cuisines, Meet My Mama va plus loin dans sa mission sociale : « On veut permettre à ces femmes de vivre durablement de leurs talents. » Certaines veulent aussi lancer leur activité. Meet My Mama les accompagne selon leurs besoins : cours de français orientés dans la restauration, partenariat avec une école de cuisine, cours de gestion… Tout est possible. Les projets autour de Meet My Mama ne manquent pas si bien que la petite équipe est déjà attendue dans plusieurs villes de France et même à Bruxelles ou Genève.


ce milieu manque de femmes. Youssef sait qu'il y a des talents ailleurs et des restaurateurs prêts à jouer le jeu avec lui. « Ils ont le cœur sur la main », affirme l'entrepreneur tout en reconnaissant que (elles sont 10%).


Un « vrai souci car lorsque tu parles avec des chefs, la plupart te répondent qu’ils sont tombés dans la cuisine grâce à leur maman ou leur grand-mère », explique Youssef, qui a grandi dans une culture où la mère n'est pas appelée une « femme au foyer » mais une « cheffe de maison ». C'est elle qui nourri la famille, s'occupe d'élever les enfants, tient les comptes, fait tourner la baraque, en somme. « Cela n'a aucune valeur dans la société... ça n'a pas de sens », s'indigne le jeune homme. Avec Meet My Mama, Youssef et son équipe rééquilibre - à juste titre- les choses.


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Pour venir vous en mettre plein la panse vous aussi, RDV au Social Bar (future Happy Place, ouais ouais), 25 rue Villiot (12ème) pour le prochain brunch (marocain) de la team Meet My Mama.

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