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Aurélie Delahaye, une fille happy ordinaire

« Ce que je veux, c'est donner de l'élan aux gens. » Et de l'élan, elle en a à revendre ! Aurélie Delahaye a lancé depuis un an un projet dont le but est à la fois fou et on ne peut plus essentiel : rendre les gens heureux. Avec son camion rouge tomate et son panneau jaune canari sur lequel elle suggère aux passants de sourire – juste comme ça, pour le plaisir – cette parisienne pure souche s'est lancée dans une aventure que ceux qu'elle croise sur son chemin ne sont pas prêts d'oublier.

Si vous voulez discuter avec Aurélie, il faudra d'abord en passer par une étape plutôt amusante mais néanmoins cruciale : l'aider à garer son camion. Car oui, Aurélie a bien appris à manier son tout nouveau véhicule, mais faire des créneaux en marche arrière avec un engin pareil, ce n'est quand même pas une mince affaire. L'avantage ? Cela fait rire les passants, qui entament spontanément la conversation en voyant cette jeune femme de 33 ans, elle-même hilare face à la situation, au volant. « D'habitude c'est moi qui vais vers les gens. Mais maintenant, ils viennent d'eux-mêmes ! », se réjouit-elle. Il faut dire qu'un camion rouge tomate, avec inscrit sur ses flancs en grosses lettres blanches « Ordinary happy people », ça ne passe pas inaperçu. Et c'est d'ailleurs bien pour ça qu'Aurélie a décidé d'investir.

Lancer son projet


Depuis maintenant plus d'un an, la jeune femme s'est fixé un objectif à la fois simple et surprenant : rendre les gens heureux. Et pour le remplir, elle n'a pas choisi de devenir vendeuse de tickets de lotto ou humoriste – mais simplement d'aller vers eux. Au volant de son camion rouge, elle sillonne aujourd'hui les routes dans le sud de la France à la recherche de ces « gens heureux ordinaires » dont elle pourra partager l'histoire et qui en inspireront, espère-t-elle, d'autres à leur tour. Le projet, au premier abord, peut sembler fou – voire même, disons-le clairement, un peu naïf. Et pourtant, à écouter Aurélie parler, on voit qu'il a été alimenté par une longue réflexion personnelle sur la signification du bonheur. Loin d'avoir la tête dans les nuages, Aurélie a les pieds bien ancrés sur terres et les mains dans le cambouis – au sens propre du terme. Elle a suivi quatre ans de droit à Nanterre, avant d'enchaîner sur un diplôme de l'ESSEC, la grande école de commerce, spécialité entrepreneuriat. « J'ai toujours voulu monter un projet », confie-t-elle.


« Ordinary happy people », c'est d'abord un blog, ouvert le 1er mars 2015. Aurélie vient de décider de prendre ses billets d'avion pour un voyage de six mois : d'abord Londres, puis Berlin, et enfin Lisbonne. Pour pouvoir se jeter enfin à l'eau, elle quitte son travail aux côtés d'un patron de start-up qui met en relation des développeurs web avec des clients potentiels. Son job consistait alors à aider les jeunes passionnés d'informatique qu'elle conseillait à définir leurs désirs et à y parvenir, soit en somme à faire en sorte qu'ils s'épanouissent dans le milieu professionnel. « Lorsqu'on me demandait ce que je faisais comme travail je répondais : “Je rends les gens heureux“ ! Donc quand j'ai quitté cet emploi je me suis dit : “Faisons vraiment ça comme travail : rendre les gens heureux.“ J'avais envie de voler de mes propres ailes, j'ai senti que j'étais prête à monter quelque chose toute seule. »


Partir à la rencontre de gens heureux et ordinaires


L'idée lui est venue un mois à peine avant son départ, suite à la rencontre avec inconnu à l'allure de dandy dans les rues de Paris – sa ville natale – et avec qui elle entame une discussion impromptue. Il lui raconte son histoire, lui parle notamment de son travail chez Air France et de sa passion pour George Sand, croit-elle se souvenir. Aurélie est comme ça, elle a le contact facile et donne envie de se confier. « C'était juste quelqu'un d'heureux et d'ordinaire », sourit-elle. Elle décide alors de partager sa discussion improvisée sur Facebook, où elle dresse un bref portrait de cet homme et de sa philosophie de vie. Et là : déferlante de like, les retours sont si enthousiastes qu'ils la surprennent elle-même. De nombreuses personnes lui disent avoir été touchées par la lecture de son texte. C'est à ce moment que se produit le déclic dans la tête d'Aurélie : « Je me suis rendue compte qu'en développement personnel, on parlait souvent de gens qui ont du succès, de gens qui sont des experts dans leur domaine, mais peu des gens ordinaires. Du coup, on peut avoir du mal à se retrouver dans ce qu'on lit, ce qu'on voit. J'ai compris que moi, ce que je voulais faire, c'était montrer qu'il y avait des gens ordinaires qui étaient heureux et qui pouvaient en inspirer d'autres. »


Pour monter son projet – dont elle ne sait pas encore en quoi il consistera exactement – Aurélie décide donc de partir à l'étranger, pour se libérer « du regard des autres » et sortir de sa « zone de confort ». D'autant que sa famille, au départ, n'était pas franchement emballée de la voir lâcher un emploi stable et prometteur pour un projet flou et peu (en fait, pas) rémunérateur. « À ce moment là j'ai changé les règles : j'ai décidé de ne faire aucun plan, de ne pas me soucier de comment j'allais gagner de l'argent avec ce projet, de ne pas me fixer d'objectif à trois mois, comme on fait normalement. » Seule obligation : ne pas rester les bras croisés, simplement « faire des choses » et suivre ses intuitions.


C'est à Berlin qu'elle réalise sa première action de rue : elle se plante à l'entrée d'un métro avec un désormais fameux panneau jaune. Sur ce dernier, il est simplement écrit : « Souriez avant d'entrer ». À nouveau, les réactions l'étonnent par leur enthousiasme : « Ça a commencé par un gars qui m'a souri en voyant le panneau, qui est parti puis revenu deux minutes après, en me disant “Merci, ça m'a fait du bien.“ Et ça a continué ! Il y avait des gens qui me prenaient dans leurs bras. Or c'était seulement un panneau avec écrit “Souriez“ ! C'est tout bête ! »


Ces mini-happening lui ont sans doute inconsciemment été inspirés par la mode des “free hugs“ qui s'était développée quelques temps auparavant. Mais cette idée lui est certainement d'abord venue de sa passion : le théâtre d'improvisation, qu'elle a pratiqué au sein d'une troupe durant sept années. Avec son panneau, Aurélie a l'impression d'être sur une scène depuis laquelle elle peut interagir avec un public. « J'ai toujours été passionnée par l'improvisation parce que c'est un art populaire, et je trouve que l'art, c'est d'abord pour les gens. L'art doit se passer dans la rue. » L'une de ses vidéo, sur laquelle on la voit lors d'une action de rue dans le quartier de la Défense à Paris, a été vue plus de 180 000 fois.


Trois mois plus tard, à Lisbonne, le format du projet est enfin bien rodé : chaque jour, Aurélie poste le portrait d'une « personne heureuse ordinaire » sur son site, et mène régulièrement des actions de rue avec son panneau jaune. Peu à peu, « Ordinary happy people » creuse son trou. « J'ai reçu de très jolis mots de gens qui me disent avoir pleuré en lisant le site, ou d'autres qui ont quitté leur boulot salarié pour monter quelque chose... » De retour en France, elle donne quelques interview à la presse et est même invitée à une session plénière au parlement européen.


Ramdam, son compagnon de route


Plus d'une centaine de portraits plus tard, Aurélie commence pourtant à sentir que le projet doit être bouleversé – sans savoir vraiment comment. Des amis lui suggèrent alors d'acheter un camion et de partir à la rencontre de ces fameux gens ordinaires partout en France. L'idée lui paraît un peu folle, à elle la Parisienne qui a toujours vécu en ville et qui n'a campé qu'à de rares occasions, mais elle se met malgré tout à consulter les sites de vente d'occasion. « J'ai attendu un mois à Paris. Je regardais de temps en temps des annonces de camion. Et quand je suis tombée sur celle-ci, je me suis dit : “C'est mon camion !“ C'est bizarre hein ? » lance-t-elle en riant. La décision est prise, Aurélie achète donc Ramdam – le petit nom donné par les anciens propriétaires à ce camion rouge pétant, et qu'elle a décidé de conserver. Il devient vite un vrai compagnon. « Ma mère se fout de moi, elle dit que c'est mon copain, » plaisante Aurélie. « En fait ce qui est bien, c'est qu'il crée du lien avec les gens, ils joue le même rôle que moi avec mon panneau. »


Pour le financer, elle lance une opération de crowdfunding qui lui permet de récolter plus de 2 300 €. Grâce à l'aide de plusieurs personnes, elle aménage l'arrière du camion avec un lit, une petite gazinière et un évier relié à une bonbonne d'eau. Une fois le lit relevé, deux banquettes se font face autour d'une jolie petite table en bois. « Mon idée au début, c'était d'ouvrir les portes arrières du camion et de créer des espaces de discussion sur le bonheur », explique-t-elle. Mais alors qu'elle emprunte les petites routes du Tarn et du Var (elle a choisi le sud de la France pour y avoir moins froid la nuit dans son camion peu isolé et sans chauffage), Aurélie se rend compte qu'initier un groupe de discussion est difficile dans les villages peu peuplés où elle a choisi de passer. « Ce ne sont pas dix personnes qui viennent, mais une. Je fais moins de rencontres, mais elles sont plus fortes, » poursuit-elle.



Sa rencontre avec Maurice, un conteur accordéoniste habitant dans les Cévennes, et dont la philosophie de vie est désormais immortalisée sur le site d'Aurélie, se fait par exemple tout simplement : au hasard de la route, elle se retrouve garée à côté de chez lui, et ils se croisent plusieurs jours de suite avant qu'elle ne lui propose un thé. Maurice accepte d'un grand sourire, et lui propose son aide en retour - qu'elle prenne une douche chez lui, fasse une lessive. « Il m'a dit : “Finalement, on n'attend que ça que quelqu'un vienne toquer à notre porte“ », se souvient-elle. Aujourd'hui, après un mois et demi de voyage, la jeune femme concède ne pas avoir encore vraiment trouvé « la nouvelle ligne directrice du projet. » Rien ne presse. Aurélie se donne le temps d'expérimenter, et raconte son périple sur son site, afin que tous ceux qui l'ont aidée à financer Ramdam puissent voir où il l'emmène. Et il la mène plutôt loin. Apprendre à vivre sans douche et avec peu de moyens, aller seule à la rencontre d'inconnus ; autant de choses qui lui semblaient il y a peu inenvisageables il y a peu. « Je crois c'est la meilleure décision que j'ai prise de ma vie, car c'est ça qui m'a menée dans des endroits où je n'aurais jamais soupçonné pouvoir être, » souligne-t-elle.


Finalement, à force de vouloir rendre les gens heureux, Aurélie vit un sourire collé au visage et fait chaque jour des rencontres qu'elle a le temps de développer humainement. « Je construis aussi mon bonheur », avoue-t-elle, presque un peu gênée. « Je n'avais pas imaginé que cela me nourrirait autant. » Alors finalement, c'est quoi, être heureux ? finit-on par lui demander. « Il y a 10 000 manières d'être heureux, et on peut l'être partout » répond-elle. « Ma propre vision des choses a été chamboulée par cette aventure. Mais en tout cas, après un an à réfléchir avec les gens sur le bonheur, je peux dire une chose : c'est que personne ne m'a jamais parlé d'argent. »


Happy Bonus : la playlist de road trip d'Aurélie

Par ici la musique.


Pour suivre les aventures d'Aurélie, consultez son site internet et sa page Facebook

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#Ordinaryhappypeople #auréliedelahaye

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